Ne parlons plus de darwinisme
Il y a eu il y a quelques jours un petit débat autour d’Avatar. Deux tribunes publiées dans Le Monde argumentaient de la non-conformité du monde de Pandora avec la théorie de l’évolution, deux tribunes qui utilisaient de très mauvais arguments, comme le rappelait fort justement Tom Roud, avant qu’il ne se fasse doubler par une troisième tribune dans Le Monde, très bonne celle-là.
Je n’ai suivi ce débat qu’assez tard, je n’y a donc pas participé ici (et je pense que la dernière tribune et le billet de Tom sont suffisamment clairs et argumentés pour clore le débat). Mais en lisant les tribunes incriminés (surtout celle de Jean Staunes), j’ai été frappé par la sur-utilisation du mot « darwinisme » pour, je crois, désigner la théorie de l’évolution.
Je veux bien admettre que l’évolution soit réduite à la simple figure tutélaire de Darwin, surtout après la formidable année consacrée à sa personne et à son livre qui vient de se terminer. Mais je ne comprends pas que l’on continue à confondre (volontairement ou non) darwinisme et théorie de l’évolution quand on prétend avoir une discussion scientifique sur le sujet.
La théorie de l’évolution est une théorie scientifique, un cadre d’idée qui explique comment les espèces changent et évoluent au cours du temps, cadre supporté par 150 ans d’observations scientifiques dans des domaines très divers. Le darwinisme, c’est quoi ? La lecture littérale de L’origine des espèces et la certitude que tout ce qui a été écrit dans ce livre est et restera juste, quoi qu’il arrive ? Un courant philosophique qui explique le monde et la nature par la simple « survie du plus fort » ?
Il y a un monde entre un courant philosophique et une théorie scientifique. Réduire la théorie de l’évolution en un simple « isme » (darwinisme ou évolutionnisme, d’ailleurs) est comme réduire la théorie de la relativité en un simple « einsteinisme », simple vision du monde partagé par quelques personnes qui croient détenir la vérité absolue. Ce sont les observations scientifiques et le fait que les nouvelles découvertes (la génétique de Mendel, la biologie moléculaire et l’ADN, et j’en passe) n’on pas détruit la théorie, mais l’on confortée, affinée, précisée. Comme on sait comment se transmet le matériel génétique, on sait mieux comment fonctionne l’évolution et la sélection naturelle.
Il y a évidemment un but précis à réduire volontairement l’évolution à un inoffensif courant de pensé. Réduire, affaiblir l’adversaire pour mieux le combattre et l’abattre. L’évolution n’est qu’une idée, quelque chose d’irréel ? Il n’y a aucune raison pour qu’elle soit la seule possible. Raison de plus pour chercher à corriger l’erreur qu’est cette simplification.
On vient de sortir de l’année Darwin, on devrait peut-être commencer à ne plus en parler du tout.
Du reste, je salue et souligne la très bonne qualité de la tribune de Jean-Baptiste André et Nicolas Baumard. Quand les scientifiques veulent bien communiquer avec le grand public et quand la presse veut bien donner une tribune à des scientifiques, le résultat est toujours très bon.
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Merci pour les liens; je ne vois pas en quoi j’ai été doublé par cette tribune sinon
.
Tout à fait d’accord évidemment; ce qui est amusant est que toute cette polémique est une discussion sur les convergences évolutives, et que manifestement il y a aussi convergence dans l’espace des idées
:
http://tomroud.com/2007/03/14/en-finir-avec-le-darwinisme/
Si ma mémoire est bonne, j’ai lu ton billet avant la publication de la dernière tribune. D’ailleurs je me demande si Le Monde a contacté les auteurs ou s’ils ont soumis leur tribune directement au Monde.
Ne parlons plus de darwinisime http://bit.ly/ajmOEG
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